A l'époque, il s'agissait de la plus grave attaque contre des travailleurs humanitaires depuis l'attentat d'août 2003 contre le siège de l'Onu à Bagdad qui avait tué 22 employés des Nations unies.
Le 6 août 2006, les corps des 17 employés locaux d'ACF, pour la plupart d'origine tamoule, avaient été retrouvés gisant face contre terre, tués par balle, dans les locaux de l'ONG à Mutur, ville en majorité musulmane.
L'armée avait alors affirmé qu'ils avaient été pris dans des combats entre les militaires et les rebelles tamouls.
L'organisation sri-lankaise University Teachers for Human Rights (UTHR) accuse un garde et deux policiers d'être les principaux responsables du massacre des humanitaires.
"Les preuves montrent que les forces de sécurité gouvernementales, dont la police, ont tué les 17 travailleurs humanitaires et que des hauts-responsables de la police l'ont couvert", déclare Rajan Hoole de l'UTHR. "Le meurtre de civils en temps de conflit est un crime de guerre. Les meurtriers et leurs supérieurs devraient comparaître devant la justice".
Le gouvernement sri-lankais a nié toute implication dans le massacre et mis en cause les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE).
"AIR DE FÊTE"
Des observateurs internationaux ont fait savoir au gouvernement qu'ils se retiraient de l'enquête en raison d'ingérences extérieures et du non respect des standards internationaux.
Le rapport indique que le frère du garde présenté comme l'un des principaux meurtriers avait été tué la veille du massacre par un combattant des LTTE et qu'il avait menacé de se venger. Il dit également qu'un commandant des forces spéciales locales avait donné pour instruction à ses hommes de "liquider" toute personne parlant tamoul, s'ils la soupçonnaient d'être un combattant rebelle habillé en civil.
Des témoins ont fait état d'un "air de fête" dans le commissariat de police de Mutur après le massacre.
Le rapport affirme également que le meurtre de cinq étudiants tamouls, abattus un peu plus tôt dans l'année à Trincomalee, avait déjà été couvert par les autorités.
L'organisation Human Rights a salué le "brillant travail d'enquête" réalisé par l'UTHR.
"Il (le rapport) fait plus que donner les noms des responsables des meurtres brutaux (des humanitaires) d'ACF", a déclaré James Ross, conseiller juridique de HRW. "Cela montre que les enquêtes du gouvernement ne sont qu'une mauvaise farce jouée devant les familles des victimes et la communauté internationale".
L'UTHR a souligné que la publication de ce rapport n'était pas sans risque. Trois témoins ont déjà été tués, un quatrième est porté disparu et d'autres ont fui le pays.
Version française Gwénaelle Barzic