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  La Paix Au Sri Lanka
Sri Lanka - Rapport annuel 2008
 
   
   
Actualité
Mise en ligne le : 01/05/2008

Sri Lanka - Rapport annuel 2008


Superficie : 65 610 km2.
Population : 19 800 000.
Langues : cingalais, tamoul, anglais.
Chef de l’Etat : Mahinda Rajapakse.

Le gouvernement, poussé par l’armée, a intensifié la guerre contre les Tigres tamouls. Le président Mahinda Rajapakse a juré d’éradiquer la rébellion. Au prix de terribles violations des droits de l’homme, s’il le faut. En 2007, plus qu’avant, les médias cingalais et anglophones ont été les cibles des pressions des autorités. De leur côté, les Tigres tamouls ne tolèrent aucune voix dissidente dans les zones qu’ils contrôlent.

Fort de ses succès militaires dans l’est du pays, le gouvernement de Mahinda Rajapakse, aidé de son frère, le secrétaire à la Défense Gotabhaya Rajapakse, a juré de défaire militairement les Tigres tamouls (LTTE) qui ont multiplié les attaques contre les civils cingalais et les menaces contre les journalistes qu’ils jugent complices des autorités. Dans les régions tamoules, les forces de sécurité, soutenues par des milices, ont imposé la terreur, en multipliant les exécutions extrajudiciaires, les enlèvements et les menaces. Malgré les condamnations internationales, le gouvernement a justifié cette "sale guerre" par la lutte contre le terrorisme. La presse tamoule a été durement affectée par cette stratégie qui vise à dissuader la population tamoule de soutenir le LTTE.

A Colombo, le gouvernement, allié aux ultranationalistes de droite et de gauche, a mené la vie dure aux groupes de presse indépendants, fermant un réseau de radio et des publications en cingalais. Les officiels ont multiplié les déclarations hostiles à l’encontre des militants de la liberté de la presse et des journalistes d’investigation, obligeant le plus connu d’entre eux, Iqbal Athas, à quitter temporairement le pays.

L’accès aux zones de conflit est pratiquement impossible pour les journalistes, et la "guerre" de mots et de chiffres entre le gouvernement et le LTTE s’est poursuivie dans la presse. Ainsi, début janvier 2007, l’armée a présenté comme un succès le bombardement d’une base militaire du LTTE à Padahuthurai, dans l’ouest du pays. Mais les Tigres tamouls ont affirmé que 15 civils avaient été tués lors de cette attaque qui n’aurait, selon eux, pas touché un objectif militaire. Aucun journaliste indépendant n’a pu accéder à la zone. De ce fait, la majorité des médias en cingalais et en anglais de Colombo ont repris, sans pouvoir les vérifier, les informations gouvernementales. Tandis que des sites d’informations et des médias en tamoul diffusaient des informations et les images du LTTE.

De plus en plus intolérant aux pressions internationales, le gouvernement a refusé la venue d’observateurs des Nations unies et convoqué plusieurs ambassadeurs qui s’étaient exprimés sur la situation des droits de l’homme. Et la Commission nationale des droits de l’homme est si peu indépendante qu’elle a perdu en 2007 sa reconnaissance internationale. C’est cette même Commission qui interdit à ses bureaux, depuis mars, de fournir aux médias des informations sur certaines affaires.

La terreur à Jaffna

La péninsule de Jaffna (Nord), région peuplée majoritairement de Tamouls, directement administrée par l’armée, est devenue un enfer pour les journalistes, les militants des droits de l’homme et les civils en général. Assassinats, kidnappings, menaces, censure, ont fait de Jaffna l’un des endroits les plus dangereux au monde pour la presse. Deux journalistes y ont été tués en 2007, deux autres ont été enlevés et au moins trois médias ont été victimes d’attaques directes. Des dizaines de journalistes ont fui la région ou choisi d’abandonner la profession, menacés par les paramilitaires, l’armée ou le LTTE.

Les miliciens tamouls de l’Eelam People’s Democratic Party (EPDP) qui épaulent les forces de sécurité dans la lutte contre le LTTE, ont été impliqués dans de nombreux cas de violences. Leur chef, Douglas Devananda, est également ministre des Affaires sociales. Dans l’Est, ce sont les miliciens d’un groupe issu d’une scission du LTTE qui ont fait régner la peur.

Fin avril, un inconnu à moto a tué Selvarajah Rajivarnam alors qu’il circulait à vélo près du bureau d’Uthayan à Jaffna (Nord). Ce jeune reporter couvrait les affaires criminelles. Il se rendait dans les commissariats de police et à l’hôpital pour obtenir des informations sur les crimes et disparitions. Selon plusieurs personnes interrogées à Jaffna, des membres de l’EPDP pourraient être les auteurs de cet assassinat. Egalement en avril, à Vavuniya (Nord), une ville contrôlée par le gouvernement, Chandrabose Suthaharan, directeur du magazine local Nilam, a été assassiné à son domicile. La police n’a pas identifié les responsables.

Le 2 août, deux hommes armés circulant à moto ont fait irruption au domicile de Sahathevan Nilakshan, à trois kilomètres de Jaffna. Ils lui ont tiré dessus à plusieurs reprises. Etudiant en journalisme, le jeune homme faisait également partie de la direction du magazine en tamoul Chaa’laram, lié à la Fédération des étudiants du district de Jaffna. Un autre journaliste, Kangarajan Prashanthan, qui travaillait pour le journal nationaliste en tamoul Navadu Eelandu jusqu’à sa fermeture en 2006, aurait pu être tué, en octobre, mais des inconnus ont assassiné par erreur son frère jumeau.

Deux journalistes disparus

Le Sri Lanka détient le record du nombre de cas de disparitions rapportées auprès de la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Parmi eux deux professionnels des médias de Jaffna : Subramaniam Ramachandran, de Thinakural, a disparu en février après avoir été arrêté par l’armée, et, en novembre, Vadivel Nimalarajah, secrétaire de rédaction du quotidien Uthayan, a été enlevé dans une rue de Jaffna après avoir passé la nuit à travailler dans ses bureaux.

Aucune enquête sérieuse n’a été menée sur ces incidents malgré les promesses gouvernementales et l’identification de certains suspects. C’est par exemple le cas dans l’attaque meurtrière des locaux d’Uthayan en mai 2006 au cours de laquelle deux employés avaient été tués. La direction du journal a fourni aux autorités le nom d’un suspect, Valluvan, un militant de la milice progouvernementale EPDP. Mais la police n’a jamais enquêté. Pourtant, d’autres témoins, cités par Uthayan, ont vu en 2007 ce dénommé Valluvan dans des locaux de l’administration à Jaffna.

Les Tamouls privés d’informations

Tout au long de l’année, le gouvernement et ses alliés se sont employés à tarir les sources d’informations indépendantes en tamoul. Les populations du Nord et de l’Est, déjà isolées par la guerre, ont peu à peu été privées de médias non affiliés au gouvernement ou à un groupe armé. De son côté, le LTTE a renforcé la surveillance des journalistes tamouls, menaçant ceux qui oseraient les critiquer ouvertement. Et les médias existants dans les zones qu’ils contrôlent sont contraints de relayer la propagande belliqueuse du mouvement.

La rédaction du journal le plus populaire de Jaffna, Uthayan, a vécu retranchée dans ses locaux installés au centre de Jaffna. Un journaliste y a résidé en permanence en 2007, de peur d’être assassiné dans la rue. "Nous étions 120 employés, dont 20 journalistes, avant août 2006. Aujourd’hui, seules 58 personnes, dont 5 journalistes, bravent la peur", a expliqué en juin le rédacteur en chef, M. V. Kaanamylnaatha, rencontré par Reporters sans frontières dans son bureau de Jaffna.

Jusqu’en mai, la presse de Jaffna a connu d’immenses difficultés d’approvisionnement, asphyxiant les trois titres de la région. Les autorités militaires refusaient depuis août 2006 d’inscrire l’encre et le papier journal sur la liste des articles autorisés à être acheminés vers Jaffna. Malgré une demande toujours plus forte, Uthayan, Yarl Thinakural et Valampuri ont été contraints de réduire drastiquement leur pagination et leur tirage. Suite aux pressions, notamment internationales, l’armée a finalement levé son veto et des stocks de fournitures sont arrivés de la capitale.

Le ministère de l’Information a décidé le 25 octobre de suspendre la licence de cinq radios (Sun FM, Gold FM, Hiru FM, ShaaFM et Surayan FM), appartenant à Asia Broadcasting Corporation (ABC) pour avoir diffusé une information erronée. C’est le chef de l’Etat en personne qui avait ordonné une enquête. ABC, dont plusieurs centaines d’employés ont perdu leur travail en raison de cette fermeture, était connu pour résister aux pressions des autorités. Le directeur de la station en tamoul Surayan FM avait été kidnappé à Colombo en 2006. En janvier 2008, le gouvernement a ouvert de nouvelles négociations avec la direction d’ABC qui a demandé à certains employés de reprendre le travail.

Très populaire dans l’île, car il donne souvent des informations exclusives sur la situation dans les zones contrôlées par le LTTE, le site d’informations en anglais Tamilnet a été bloqué le 15 juin par les fournisseurs d’accès du pays. Le directeur du site, Dharmeratnam Sivaram "Taraki", avait été tué d’une balle dans la tête à Colombo en avril 2005. Les autorités ont, en 2007 encore, bloqué l’enquête qui avait pourtant bien démarré avec l’interpellation d’un suspect, un membre d’une milice tamoule progouvernementale.

Un à un les correspondants tamouls de la presse nationale et internationale ont quitté le Nord ou l’Est et parfois le pays, après avoir reçu des menaces. Alors qu’un représentant de Reporters sans frontières se trouvait à Jaffna en juin, le correspondant d’Associated Press a reçu un SMS et un appel depuis un téléphone satellitaire lui annonçant qu’il s’agissait du dernier avertissement avant son exécution. Il a fui Jaffna le lendemain.

"Je n’avais jamais vu cela. Même en Irak sous Saddam Hussein, les journalistes étrangers avaient plus de liberté pour se déplacer", a affirmé à Reporters sans frontières un reporter de l’Agence France-Presse revenant d’un reportage à Jaffna. Il n’avait eu le droit qu’à une visite guidée de la ville par les militaires, sans pouvoir interviewer un habitant. Une équipe de télévision britannique a également été empêchée, en octobre, de travailler dans la péninsule, bien qu’elle eût obtenu une autorisation du ministère de la Défense. Des militaires ont obligé les trois journalistes à se loger sur la base militaire de Palaly. Puis ils les ont escortés pendant deux heures à Jaffna, avant de leur demander de repartir vers Colombo.

La guerre contre le LTTE a conduit l’armée à bombarder, fin novembre, les installations de la radio officielle du mouvement, près de Killinochchi (Nord). Neuf civils, dont trois employés de la station, ont été tués et une dizaine d’autres ont été blessés. La radio Voice of Tigers est certes une radio de propagande dirigée par le LTTE, mais cette attaque a violé les lois sur la guerre qui interdisent le bombardement d’objectifs qui ne sont pas strictement militaires et ne contribuent pas effectivement à l’effort de guerre.

Parallèlement, les pressions exercées par le LTTE ont été moins visibles que celles des autorités, mais tout aussi efficaces. Le mouvement séparatiste n’a jamais hésité à s’en prendre aux voix dissidentes au sein de la communauté tamoule. La presse ne fait pas exception. Le responsable d’une rédaction tamoule a expliqué : "Nous savons que les réactions du LTTE peuvent aussi être préjudiciables à nos équipes, alors nous faisons attention. Chaque mot compte quand on parle du LTTE et de l’armée. Et bien sûr, nous ne qualifions jamais les Tigres de terroristes." Et les services de renseignements du LTTE ont régulièrement convoqué ou appelé des journalistes tamouls pour leur demander ou leur communiquer des informations.

Des officiels transformés en chefs de gangs

Certains ministres se sont comportés comme des chefs de gangs. En décembre, Mervyn Silva, ministre du Travail, a fait irruption avec des hommes de main dans les locaux de la chaîne d’Etat Rupavahini, à Colombo. Il a ordonné à l’un de ses gardes de frapper le directeur de l’information parce qu’il n’avait pas retransmis son discours lors de l’inauguration d’un pont. La police a été obligée d’intervenir et le ministre a quitté le bâtiment de la chaîne sous une pluie d’injures.

Déjà en janvier, Mervyn Silva avait incité ses partisans à s’en prendre à des journalistes, notamment un correspondant de la BBC, qui couvraient un rassemblement pacifiste. Il avait déclaré en avril que les "journalistes se comportent comme des chiens enragés et il est nécessaire qu’il leur soit administré des vaccins".

En avril, le secrétaire à la Défense et frère cadet du président, Gotabhaya Rajapakse, a appelé sur son téléphone portable la rédactrice en chef du Daily Mirror, Champika Liyanaarachchi, pour la menacer. Gotabhaya Rajapakse lui a demandé de démissionner pour ne pas faire l’objet de représailles, tout en lui expliquant qu’il ferait pression sur la direction du journal pour obtenir son départ. Il a également menacé d’"exterminer" la journaliste Uditha Jayasinghe, accusée de publier des articles sur le sort des civils victimes de la guerre. A deux autres reprises, les forces de sécurité ont accusé la rédaction du Daily Mirror de trahir le pays.

Multiplications des entraves au journalisme d’investigation

Le célèbre journaliste d’investigation Iqbal Athas et plusieurs de ses collègues du Sunday Times ont été victimes, en août, d’une campagne d’intimidations orchestrée par des officiers de l’armée cherchant à les faire taire après des révélations sur l’achat d’avions MIG-27 à l’Ukraine. Le gouvernement a organisé des manifestations devant le domicile d’Iqbal Athas à Colombo, l’accusant d’être un "traître". Après que sa sécurité policière lui a été retirée, Iqbal Athas a quitté le pays pendant quelques semaines et suspendu sa chronique spécialisée dans les affaires militaires.

Le 2 octobre, un texte publié sur le site du ministère de la Défense a accusé le journaliste de participer aux "opérations psychologiques des terroristes du LTTE". Quelques jours auparavant, le porte-parole de l’armée, le brigadier Udaya Nanayakakara, avait demandé aux médias de ne plus publier ses articles. Iqbal Athas venait de reprendre sa chronique dans le Sunday Times.

Autre attaque soutenue par les autorités, celle de l’imprimerie du groupe Leader Publications, qui publie les hebdomadaires anglophones Sunday Leader et Morning Leader, l’hebdomadaire en cingalais Irudina, ainsi que le journal tamoul Sudar Oli. Avec la complicité de l’armée, une quinzaine d’hommes ont malmené, en novembre, deux employés avant d’asperger les machines d’essence et d’y mettre le feu. Ils ont détruit des milliers de copies du Morning Leader qui devait être diffusé dans la matinée. Le directeur du Sunday Leader, Lasantha Wickramatunga, connu pour ses investigations et ses éditoriaux critiques, a dénoncé une opération commando soutenue par le gouvernement.

Les rares journalistes tamouls qui ont tenté de mener un travail d’investigation ont été également visés. En août, Kalimuttu Palamohan, plus connu sous le nom de K. P. Mohan, spécialiste des affaires militaires pour le quotidien en tamoul Thinakkural, a été aspergé d’acide alors qu’il rentrait à son domicile de Colombo. Le journaliste avait été agressé, deux mois plus tôt, par des soldats. "Lorsque je lui ai montré ma carte de presse, il m’a insulté, puis a appelé d’autres collègues qui m’ont frappé", avait déclaré K.P. Mohan à la suite de ce premier incident.

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