Ottawa réagit avec véhémence à l'expulsion de Bob Rae du Sri Lanka
De Joan Bryden
OTTAWA — Ottawa a manifesté son "désarroi" et son "mécontentement" au gouvernement du Sri Lanka après que le député libéral Bob Rae eut été détenu puis expulsé de ce pays, mercredi, à son arrivée à l'aéroport de Colombo.
Une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emma Welford, a déclaré qu'il s'agissait là d'un "traitement inacceptable" à l'endroit d'un parlementaire canadien. Elle a aussi affirmé qu'il était absurde de penser que l'ancien premier ministre de l'Ontario pouvait représenter une menace à la sécurité nationale du pays ou appuyer les revendications des Tigres tamouls.
Pour sa part, le député conservateur Deepak Obhrai, secrétaire parlementaire du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a confié qu'il devait également se rendre au Sri Lanka cette semaine afin de surveiller la situation dans les camps de réfugiés. Mais sa demande pour un visa été rejetée par le haut-commissariat du Sri Lanka à Ottawa.
M. Obhrai s'est fait dire que le gouvernement sri-lankais ne pouvait l'accommoder, a-t-il révélé en entrevue.
Contrairement à M. Obhrai, la demande de visa de M. Rae avait été acceptée et le député libéral avait même discuté de son voyage avec des représentants du gouvernement du Sri Lanka.
"Clairement, je ne suis pas le bienvenu ici pour de discuter de la situation humanitaire et de l'avenir de la réconciliation dans le pays", a écrit M. Rae, dans une déclaration envoyée par courriel lors de son séjour de 12 heures à l'aéroport de Colombo.
"Mais le gouvernement du Sri Lanka était au courant de mes opinions et il m'a quand même fourni un visa. Je suis venu de très loin pour me faire finalement dire que la porte était fermée à double tour", a-t-il ajouté.
Selon le commissaire à l'immigration P.B. Abeykoon, M. Rae a été brièvement détenu à son arrivée au Sri Lanka avant d'être sommé de rentrer au Canada.
M. Abeykoon a indiqué que les services secrets du Sri Lanka l'avaient informé que la visite de M. Rae dans ce pays n'était pas appropriée.
M. Rae affirme qu'un porte-parole de l'armée sri-lankaise l'a décrit comme un sympathisant des Tigres tamouls ayant soutenu une guerre sanglante contre le gouvernement pendant des années. M. Rae a qualifié ces accusations de "mensonge, purement et simplement".
Il a également souligné qu'il était impliqué au Sri Lanka depuis plus de dix ans, à titre d'ex-président du Forum des fédérations, puis, comme député. Il affirme avoir rencontré des représentants de tous les partis politiques et avoir dénoncé la violence et les abus commis à l'encontre des droits humains, et cela, auprès des deux parties impliquées dans la guerre civile.
M. Rae croit que l'épisode illustre que le gouvernement sri-lankais "a peur du dialogue, de la discussion et de l'engagement". "Tout ce que je peux dire, c'est que c'est honteux de leur part. Si c'est la manière dont ils me traitent, imaginez comment ils traitent les gens qui ne peuvent pas s'exprimer", a-t-il ajouté.
Récemment, M. Rae, qui est porte-parole libéral en matière d'Affaires étrangères, a dénoncé le silence des autorités canadiennes face à l'offensive du gouvernement du Sri Lanka envers les rebelles. Ses critiques ont été encore plus virulentes pendant les dernières semaines de cette guerre, durant lesquelles plus de 7000 personnes ont été tuées, selon des statistiques de l'Organisation des Nations unies.
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