(Photo : Acf)
Les membres d'Action contre la faim se trouvaient dans une zone à l'est de l'île, où les combats avaient récemment repris entre l'armée et les rebelles tamouls. Les deux parties voulaient prendre le contrôle d'un canal d'irrigation dans cette zone de l'île. Pendant plusieurs jours, des affrontements ont empêché les humanitaires de quitter leur antenne locale, dans la ville de Muttur.
Les dix sept membres d’Action contre la Faim ont essayé plusieurs fois de regagner leur base, mais ils n’ont pas réussi. Ils communiquaient toutes les demi-heures jusqu’à ce que les communications soient complètement interrompues.
Une fois la situation plus calme, d'autres membres de l'ONG ont tenté d'aller sur place. Ils ont mis plusieurs jours pour y arriver, d'abord bloqués par l’armée, puis par un attroupement de villageois, et enfin par un obus alors qu’ils essayaient d’arriver par un ferry. Quand ils sont arrivés, les dix-sept bénévoles, tous tamouls, étaient morts, exécutés par balle.
D’après Action contre la faim, peu d’efforts ont été faits pour collecter des preuves dans les jours qui ont suivi cette tuerie. De plus, l’ONG assure que les locaux avaient été pillés, tout comme les effets personnels des victimes, volés.
Ces assassinats pourraient difficilement être une erreur : les membres d’ACF portaient tous des tee-shirts de l’association. Ils étaient donc clairement identifiables.
Après cette tuerie, Action contre la faim a décidé de quitter le Sri Lanka. Les meurtres de ces dix sept bénévoles sont les pires violences commises contre des humanitaires depuis l’attentat contre l’ONU à Bagdad en août 2003.
L’armée rapidement soupçonnée
Trois semaines après les faits, des observateurs internationaux ont accusé l'armée du massacre. Colombo a complètement rejeté ces accusations. D'après le gouvernement, les responsables de ces meurtres seraient les rebelles tamouls, étant donné qu’ils contrôlaient la ville de Muttur quand ces meurtres se sont produits.
En 2007, une commission d'enquête est finalement mise en place par les dirigeants sri-lankais. En signe de bonne volonté, onze observateurs étrangers sont nommés aux cotés des Sri-Lankais. Mais ils démissionneront, expliquant ne pas pouvoir faire leur travail dans de bonnes conditions.
Le rapport de la commission d’enquête, publié ce mardi, n’a pas été rendu public. Mais, conformément à la thèse défendue par le gouvernement sri-lankais, l’armée y est complètement blanchie. En revanche, Action contre la Faim serait accusée de « négligence majeure ».
A l'heure actuelle, on ne sait donc toujours pas dans quelles circonstances sont morts ces dix-sept employés locaux d'Action contre la faim.